L’accompagnement à la naissance – #2

 

(le billet arrive tard dans la journée… vous saurez jeudi pourquoi :) )

 

 

Pour faire suite à ma présentation d’hier, voici comme promis une interview de Nathalie, Doula, 8ème Mère-Veille et responsable de l’antenne française de l’association. C’est un article assez long , mais je n’ai pas pu me résoudre à couper des parties…

  

Le but de l’interview était de préciser un peu les tenants et aboutissants d’un suivi par une accompagnante à la naissance. Expliquer comment se positionne une doula pendant son suivi, préciser son rôle.

 

Nathalie est mariée depuis 11 ans et a 6 enfants (on me souffle dans l’oreillette que le 7ème serait en route… félicitations ma belle!) qui ont entre 20 mois et 11 ans. Elle a arrêté de travailler dès la naissance de son 1er enfant, après avoir été infirmière. Elle habite en Bretagne. Elle a accouché de ses 2 premiers petits en structure hospitalière, avant de décider pour les 4 suivants de rester chez elle pour les mettre au monde.

 

[ Note de Juju : Attention : se faire suivre pas une doula, ce n’est pas décider d’accoucher à la maison, dans une piscine au milieu du salon avec toute sa famille et ses amis autour de soi… c’était juste le choix personnel de Nathalie]

 

Pourquoi et comment as tu décidé de devenir Doula?

 

Il y a longtemps que je souhaitais avoir un jour une activité en rapport avec la naissance, surtout depuis mes accouchements à domicile et mes rencontres avec les sages-femmes qui m’y ont préparé. J’ai pensé à plusieurs reprises faire l’école de sage-femme mais j’avoue que je n’ai pas le courage de partir pour 5 ans d’études dont la première année de médecine. J’en serai sûrement capable mais je n’en ai pas envie. Et l’année dernière j’étais tombée sur le blog d’une maman doula qui parlait de son travail, de sa passion et là je me suis dit : “ça c’est pour moi“. Seulement quand j’ai regardé le prix des formations inaccessibles pour moi et l’obligation de se déplacer à Paris plusieurs jours c’était impossible avec mon bébé allaité. Alors j’ai laissé cette idée dans un coin de mon coeur

Plusieurs raisons me poussent à vouloir accompagner les couples. Tout d’abord je crois mon désir de partager mes connaissances, mes expériences et ayant 6 enfants elles sont nombreuses et variées en la matière. Je crois vraiment que l’on peut aider son prochain avec un coeur sincère, du respect et une expérience ou une connaissance à partager. J’ai toujours eu le désir d’aider les autres et l’expérience de la grossesse et de l’accouchement sont, à mon avis, si fondamentales pour la mère, le père et le bébé qu’elles ont un retentissement sur le présent et le futur, même à long terme, de la famille comme de la société. Je crois profondément en cette phrase : “On est comme on naît”. Même si il ne faut pas être absolutiste en quoi que ce soit. Je dirais même que les expériences de la grossesse et de l’accouchement influencent notre passé dans le sens où elles peuvent le guérir, permettre de passer à une étape supérieure de la Vie.
J’ai personnellement vécu de très belles histoires dans le domaine de la périnatalité mais aussi une très douloureuse. Il s’agit de mon 2ème accouchement. Il se présentait parfaitement bien. Tellement bien que la sage-femme présente dans la petite maternité où j’accouchais a décidé de me garder car elle était de garde cette nuit-là et ne voulait pas risquer d’être réveillée dans la nuit. Elle m’a donc gardée et perfusée contre mon gré, allongée sur une table. Je suis arrivée en salle d’accouchement à 12h30 et mon fils est né aux environs de 21h après un déclenchement non souhaité et totalement inutile médicalement pendant lequel je me serais jetée par une fenêtre tellement j’ai souffert. Je vous passe les détails. Tout ça simplement pour vous dire que cela aurait pu être évité si nous avions été suivis par une doula, si nous avions préparé un plan de naissance, si nous avions davantage échangé avec mon mari de ce que nous acceptions et refusions comme interventions…si nous avions été mieux informés, plus soutenus… Seulement cela nous semblait si lointain et presque inutile à l’époque car nous pensions que le corps médical ne pouvait pas faire de telles choses, et pourtant… les Hommes ne sont que des Hommes… quel que soit leur habit et leur profession il y en aura toujours de merveilleux et d’autres dont on se passerait bien.
Quelque part c’est donc mon combat aussi d’aider d’autres femmes à ne pas vivre ce que j’ai vécu là, et qui a eu des répercussions sur mes grossesses et accouchements ultérieurs. Cette épreuve m’a amené une grande force et je souhaite maintenant informer les parents pour qu’ils puissent faire leurs propres choix, les soutenir dans ces choix, les aider éventuellement surpasser leurs peurs, etc…

Et puis l’été dernier, en juin alors que nous prenions la décision de changer de vie et de tenter de vivre nos rêves plutôt que de toujours rêver notre vie nous avons décidé de partir vivre au Canada, au Québec et j’ai recherché une formation de doula. J’ai parcouru de nombreux sites mais celui de la 8e Mère-Veille a retenu mon attention. J’étais attiré par celui-là, par la chaleur humaine qu’il dégage, la vérité des propos de la charte et du choix éclairé, etc… De plus les tarifs étaient moitié moins que ceux de la France ce qui n’était pas pour me déplaire. Cette formation étant disponible et à distance et en personne j’ai décidé de la commencer à distance pour la finir en personne. Seulement la vie en a décidé autrement puisque nous n’avons pas pu partir vivre au Québec. Nous sommes donc restés en France mais de Montpellier nous sommes venus nous installer en Bretagne. J’ai donc terminé ma formation à distance.

 

 

Ta définition de l’accompagnement à la naissance? Explique nous un peu ce que tu fais?

 

Le métier d’accompagnante à la naissance consiste comme son nom l’indique à “accompagner”. Accompagner pour moi c’est être près de, éclairer le chemin quand il fait noir, montrer la terre quand les parents sont dans la tempête mais en aucun cas tenir la barre du bateau, choisir le chemin à emprunter ou diriger les parents vers une décision plutôt que vers une autre. Mes convictions ne concernent que moi et les parents ont les leurs propres que je respecte pleinement.
La doula accompagne donc le couple ou la mère pendant la grossesse, éventuellement pendant l’accouchement et pour les suites de couches. L’accompagnement proposé par la doula n’est en aucun cas médical. Non, ce n’est pas notre domaine. Nous faisons un suivi humain, nous informons sur les pratiques existantes, pouvons aider par des petites séances de relaxation, faire de l’art en relation avec la grossesse, écouter les attentes et angoisses des parents et lorsque cela est nécessaire les diriger vers un professionnel de santé.
Je crois que je ne vois, en tous cas pour l’instant, que des avantages à ce merveilleux métier si ce n’est qu’il faut le soutien de son conjoint car il faut pouvoir être disponible dès la 37ème semaine de grossesse jusqu’à l’accouchement jour et nuit. Nous restons en standby, portable allumé, trousse de matériel toujours prête avec une solution de garde pour nos propres enfants dispo en cas de besoin. Ceci car la plupart du temps la doula accompagne la mère pendant le travail avant de se rendre à la maternité ou avant l’arrivée de la sage-femme pour les accouchements à domicile. Parfois, si les parents le désirent elle a la chance d’assister à l’accouchement. Pour moi ce serait donc le principal inconvénient.
Je crois que pour être une bonne accompagnante il suffit d’être un coeur ambulant. Si tu as de l’amour pour les autres dans ton coeur, que tu es capable d’écoute et de respecter le choix des autres même quand il est contraire aux tiens propres tu peux faire la formation de doula.
Ma formation était géniale, j’ai beaucoup appris du point de vue des connaissances pures mais aussi et surtout cette formation m’a permis de descendre en moi-même et de grandir humainement. Farrah est une formatrice extraordinaire. De plus la formule à distance m’a permis de gérer mes horaires comme je le souhaitais ce qui était essentiel pour moi avec mes 6 loulous.

 

Quels sont selon toi les avantages à être accompagnée par une Doula lors d’une grossesse?

Je crois que les principaux avantages à être suivi par une accompagnante à la naissance sont :
– d’avoir un suivi global de la grossesse, c’est à dire par une même personne du début à la fin. Mais je le répète, non médical. Notre suivi s’ajoute à un suivi médical. Ainsi une personne compétente, qui tisse des liens avec vous tout au long de la grossesse, qui vous connaît, qui connaît vos attentes peut vous seconder également lors de l’accouchement.
– Un gros avantage aussi pour le papa est de pouvoir être écouté et compris et pendant le travail et l’accouchement la doula aide le papa à trouver sa place. Elle peut lui montrer comment soulager maman, le remplacer quand il a besoin de souffler…
– Et la doula donne plein de petits trucs pour soulager les petits inconvénients de la grossesse ou pour aider bébé à “descendre” pendant l’accouchement, par exemple.
– Elle est également un soutien face au corps médical quand il y a conflit.
– Il est prouvé par des études scientifiques que la présence d’une doula pendant la grossesse et l’accouchement permet de diminuer de 25 % la durée du travail
50 % les naissances par césarienne
60 % les demandes pour une anesthésie péridurale
40 % le recours aux interventions ayant pour but d’accélérer le travail
30 % les extractions (ventouses, forceps)
30 % l’utilisation des médicaments pour soulager la douleur.
– Elle est toujours disponible au téléphone pour toute question, pour tout besoin pendant tout le temps de la grossesse et jusqu’aux 6 semaines du bébé.

 

Quelle satisfaction trouves tu dans ce métier?

La satisfaction de pouvoir être utile, de pouvoir aider un couple. J’aurai l’immense privilège et l’immense honneur d’entrer dans la vie d’une famille en formation, de les accompagner dans ce temps de transformation qui n’est pas toujours si simple à vivre, d’aider chacun à trouver sa place et d’assister à la naissance d’un enfant, d’une famille, de partager un peu du bonheur de cette famille-là, de me nourrir de la naissance de cet enfant. D’assister de tout près au miracle de la vie. Quel immense cadeau ce sera !

 

Le mot de la fin?

 

Je voudrais dire à tous ceux qui attendent un enfant ou qui en attendront un que le plus beau cadeau que vous puissiez vous offrir à vous-même et à votre bébé c’est d’écouter votre cœur, au plus profond de vous-mêmes. Quelles que soient les décisions que vous prendrez, et parfois il vous arrivera de vous tromper, si elles sont prises dans un choix éclairé,( c’est à dire en connaissant toutes les options possibles ainsi que leurs avantages et inconvénients respectives) ce seront les bonnes décisions. Ne regrettez rien ! Mais ne laissez pas les autres décider pour vous ou vous influencer! Ne laissez pas le regard des autres avoir un poids trop lourd sur votre vie.
Laissez venir à vous l’éventualité de choisir une doula pour vous suivre, réfléchissez-y, renseignez-vous davantage, éventuellement demandez une rencontre d’approche gratuite permettant de faire connaissance mais n’engageant à rien, simplement pour poser vos questions, chasser vos inquiétudes !
Si vous voulez en savoir davantage vous pouvez aller visiter le site de l’association française 8ème Mère-Veille et me poser toutes les questions que vous voulez.

9 commentaires

  1. une interview très bien faite qui donne envie… un métier encore peu connu mais qui je pense a de l’avenir. on manque toutes de conseils à l’arrivé de ce bébé qu’on doit apprendre à connaître … A quand le quatrième juju pour tester l’accompagnement de la doula???? :-P

    1. le 4eme me trotte dans la tete depuis quelques semaines t’imagines meme pas :) :) par contre faire ce métier, oui j’en aurais très envie…ce qui me manque pour l’instant c’est la disponibilité en fait…

  2. C’est drôle parce qu’enceinte je répétais : j’essaierai sans péridurale – j’y crois – je le veux !
    Ma sage-femme m’avait convaincue et je me sentais de le faire.
    Et puis bon, malgré mes efforts….j’étais bien contente au bout de 5 h d’avoir ma piqûre.
    Et aujourd’hui, je me dis : oh bah pour le 2° j’irai dès les 1ères contractions prendre ma piqûre et que ça se fasse tout seul ! LOL
    On ne peut ressentir le truc que quand on le vit.
    En tout cas, merci de ce post, je viendrai le relire quand j’aurai mes hormones en ébullition !

    1. pour un deuxième on sait toujours mieux ce qu’on veut ou pas, on arrive mieux à le définir… parce qu’on sait à quoi s’attendre… parce que pour un premier, on a beau t’expliquer, c’est le flou total :)

  3. très intéressant, ça permet de vraiment savoir qui sont les doulas.
    Je pense aussi qu’on est un peu trop lâché et qu’un suivi “humain” est important pendant la grossesse, pendant l’accouchement (selon sur la sage-femme sur qui on tombe, moi j’ai rien à redire de celle qui m’a accouché de mon fils) et après l’accouchement. Se sont 3 périodes pleines de doutes, d’angoisses… une oreille réconfortante ou quelqu’un qui nous “guide” est toujours bien venue.
    Alors comme ça un 4ième???!! :lol:

    1. je pense que si on en ressent le besoin, il est important d’etre suivie de cette façon… parce qu’on n’a aps toujours la famille autour de soi… les médecins corrigent le manque de préparation une fois à l’hopital… une mauvaise gestion de la douleur? une péridurale…

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