Et la violence, partout.

Bonjour, je suis accro à l’info.

Bonjour Julie !

C’est venu avec cette impression d’être coupée du monde, ici, en Ardèche. Au départ, c’était surtout pour me tenir au courant de ce qui se passait dans le monde. Ici, les gens sont très focalisés sur eux-mêmes. L’actu du coin, même celle qui n’est pas dans les journaux locaux, ils connaissent. Mais parlez leur du monde, ou même de la France, et – en dehors des mouvements sociaux dont ils raffolent – on entend un « bah ouai » qui conclue toute forme de discussion.

Ils ont peut être trouvé la solution au final : vivre comme dans une bulle, avec leurs problèmes et leurs joies, en se préoccupant au minimum du reste, juste ce qu’il faut. Un rassemblement pour Charlie Hebdo par ci, une bougie sur la fenêtre pour les victimes du Bataclan par là. Dans les discussions, du moins celles que j’ai pu avoir, on sent pourtant bien que cela est très loin d’eux.

(NB : je ne me base que sur mon entourage ardéchois. J’imagine bien que d’autres ont été plus touchés, et le sont encore.)

Je disais donc : je suis devenue accro à l’info. Je connais les noms des présentateurs de BFM (bon, j’étais au chômage il y a encore 2 mois, ça aide), je commence chacune des interventions des journalistes « sur place » (facile, ça commence souvent pas « effectivement machin », ou « oui machin, nous sommes… »). En parallèle je râle parce qu’ils brodent bien trop souvent autour de détails, pour vendre, et je peste quand leur boucle d’actu, trop courte et ciblée, me donne l’impression d’une heure sans fin.

Cette actu me hante. Je me souviens avoir allumé la télé sur mon téléphone, lors de mon réveil pipi à 3h du matin, une nuit peu après le 13 novembre. Vous me direz, d’autres ne trouvaient pas le sommeil. Mais j’en ai eu besoin. Besoin de savoir ce que je savais déjà par cœur après les derniers jours fixés à l’écran, à l’ordi ou à la radio.

Depuis quasi 2 ans, les chaînes info tournent en boucle chez moi. Le matin après le petit déj, le midi lors de mes pauses déj, le soir dès que je rentre. J’allume à chaque fois avec la même appréhension : j’espère que rien de grave ne s’est passé. Parfois, comme ces derniers jours, je sature. La violence présente partout, que j’essaie de suivre en hurlant aux filles d’arrêter de se taper dessus.

En hurlant aux filles d’arrêter de se taper dessus.

La violence.

Je hurle.

Elles se tapent dessus.

La violence, partout.

Dans l’agression de cette députée anglaise, pro-européenne. Dans le regard de ces « supporters » de foot complètement bourrés. Dans ma tête, quand je pense à ce petit garçon laissé vivant pour mieux voir les morts. Dans ces morceaux de bitume arrachés pour servir de projectile. Dans les débats qui n’en sont plus, parce que les débats font avancer. Dans un simple croche-pied pendant un match. Et dans mon salon.

J’aime les thrillers, à la télé comme dans un bon bouquin. Mais la violence réelle, je n’en peux plus. Je ne peux pourtant pas couper l’information. Je n’arrive pas à m’en détacher, pourtant il faudrait. Peut-être qu’arrêter la violence dans mon salon fera taire la violence ailleurs, après ? Peut-être. Ou pas. Dans tout les cas, elle me hante. Et si je croyais pouvoir mettre assez de distance – on ne réfléchit jamais à mettre de la distance, et d’ailleurs est-ce une bonne idée – je crois que je ne pourrais plus y faire face longtemps.

Se couper du monde et vivre dans une bulle serait alors la seule solution ? Ne plus s’occuper de ce qui se passe ailleurs, pour se protéger et ne pas déborder d’empathie ?

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