Il va falloir leur apprendre.

Deux jours que je ne supporte plus les cris, les disputes, les coups de pied.

Deux jours pourtant que je suis tellement heureuse et reconnaissante qu’ils n’aient à se disputer qu’à propos d’échanges plus ou moins forcés de cartes Pokémon, de billes ou encore d’un gros mot.

Deux jours que j’ai un peu moins mal à mon job et à ma vie sociale d’habiter à la campagne. Je ne vais pas m’excuser d’avoir peur. De ne pas pouvoir aujourd’hui brandir cette belle phrase, vue partout, « même pas peur ». Peut-être un jour. Mais pas aujourd’hui.

Deux jours vécus dans l’angoisse des premiers tweets, des images à la TV, des avis de recherche, des avis de décès… Avec parfois une petite lumière qui s’allume quelque part pour quelqu’un qu’ on aura retrouvé en vie.

Paris Peace
(Via Twitter, de @Jean_Jullien, Illustrateur)

Alors il va falloir leur apprendre. Leur apprendre que oui, on est différent. Tous. Même dans une même famille. On n’a même pas à être tolérant, je n’aime pas ce mot dans lequel j’entends un certain « faire avec même si ». Il faut leur apprendre à accepter qu’on est tous différents, point. Ils sont différents eux aussi. Nous sommes différents nous aussi. De la musique qu’on écoute à ce que l’on met dans son verre sur une terrasse, de la coupe de cheveux à notre couleur préférée. De la forme du nez à la présence d’un orteil supplémentaire.

Leur apprendre à se battre ensemble avec leurs différences contre ceux qui n’acceptent pas qu’on soit différent et encore moins qu’on soit OK de vivre tous ensemble avec nos différences.

Mais pour l’instant, il va falloir leur expliquer. Comment explique t-on quelque chose à ses enfants quand on ne peut pas se l’expliquer à soi, adulte ? Comment peut-on leur dire que parce qu’ils sont nés libres, ici, il peut leur arriver quelque chose rien qu’en marchant dans la rue, en allant voir un match de foot, en allant écouter un concert, parce qu’ils sont libres, et ici ?

Sachant que de toutes manières ils allaient en parler à l’école, on leur en a parlé de suite, samedi matin. J’avoue être restée factuelle, les explications manquant. Nous avons répondu à leurs questions et n’avons pas caché notre tristesse.

Alors à la maison on va tenter de leur apprendre de s’aimer encore plus, plus fort. Même si l’un a plus de cartes Pokémon, et même s’ils ne veulent pas regarder la même chose à la télé.

Malgré la peur, le combat commence peut-être là : leur apprendre.

Un petit + : à lire sur Cahier Pédagogique un article recensant toutes les ressources du web pour en parler avec les enfants.

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