[Livre] Terreur – Dan Simmons

« Il était bien obligé de conclure qu’au cours de deux étés de lutte contre les glaces – deux étés durant lesquels le Terror avait traversé la baie de Baffin, puis le détroit de Lancaster, contourné l’île de Cornwallis avant d’hiverner au large de l’ïle Beechey, puis dérivé vers le sud et erré dans un endroit auquel les marins donnaient déjà le nom de Franklin -, à un moment donné de ce périple, certains des plaques de fer s’étaient détachées de la coque, sous la ligne de flottaison, et que cette membrure s’était délogée par la suite, après que la glace se fut emparée du navire.
Et si ce n’était pas la glace qui avait écarté cette section de membrure ? Si c’était autre chose – quelque chose qui voulait pénétrer à bord ?« 

terreur - Dan Simmons

Un roman d’aventure avec une pointe de surnaturel, qui se concrétise à la fin du récit. Embarquez à bord de l’Erebus et du Terror, deux navires de la Royal Navy. Sir Franklin, qui donne son nom à l’expédition, dirige un équipage de près de 130 hommes. Ils partent d’Angleterre en 1845 et tentent de découvrir le passage du Nord-Ouest. Une expédition risquée car plusieurs autres en sont revenus sans plus d’informations sur ce passage, quand ils sont revenus.
Un périple mal préparé et des conditions climatiques exceptionnelles vont rendre l’expédition compliquée, voire mortelle : les deux navires se font surprendre par la glace qui ne leur laisse aucun répit, même pendant ces fameux mois, ou les quelques semaines d’été, où ils devraient trouver des eaux libres leur permettant d’échapper à la banquise et aux icebergs. Les provisions s’amoindrissent, d’autant qu’une bonne partie se révèle empoisonnée, par le plomb ou un défaut de soudure sur les boîtes de conserve. Les phoques et autres animaux qui pourraient leur apporter de l’énergie semblent avoir déserté. La maladie se déclare à bord des deux navires. Et une créature maléfique, une sorte d’ours polaire big size, s’en prend à eux, sournoisement, sans qu’ils ne puissent se défendre, la bête semblant résister aux balles.
Et il y a Lady Silence, cette indienne esquimaude, qui ne parle pas, sa langue ayant disparu de sa bouche (coupée par ce qui semble être un coup de dent).

Ce roman est basé sur des faits historiques réels. L’expédition Franklin a bien existé. Et Dan Simmons se sert du fantastique pour combler les zones d’ombres du récit historique, de manière très subtile au départ, pour finir le roman sur cette partie fantastique, car en fin de compte, aucun membre de l’équipage de l’Erebus ou du Terror ne reviendra jamais dire ce qu’il s’est passé.

Si j’ai eu du mal à accrocher au départ (les 50 premières pages sur les 1000 et quelques de la version pocket), parce que je ne connais rien de cet univers de marins, et que le genre « aventure en pleine mer » me branche moyen, je me suis pourtant délectée de chaque page de ce huis clos sur la glace en plein océan arctique. On y parle beaucoup de l’Homme : ses réactions face à la faim, la soif, le désespoir, ou l’espoir. Sa nature profonde qui se libère quand il est question de vie ou de mort. L’amitié, aussi, ou l’amour. La peur. La douleur. On retrouve tout au long du récit ce melting-pot de sentiments et de réactions qui font de nous ce que nous sommes. Et la nature humaine face à la glace, au manque de nourriture, elle n’est pas toujours belle à voir.

J’ai laissé Crozier, Frankling ou Irving m’amener à bord de leurs navires et y découvrir la vie en expédition : les rations, les odeurs, la hiérarchie. Je les ai accompagnés quand ils ont dû quitter les navires et s’aventurer en terrain hostile, sur la banquise, faite de crêtes à dépasser ou de creux à éviter.

J’ai vécu le scorbut, si bien décrit, j’ai redouté le cannibalisme. Les explications que donne le Dr Goodsir sur comment bien découper un cadavre m’ont fait froid dans le dos, et ont pourtant servi à certains.

Le petit « – » parce qu’il en faut un : un nombre incroyable de protagonistes, j’ai eu du mal à suivre à certains moments.

Je ne vous dévoile pas la fin, juste un autre extrait que j’ai beaucoup aimé :

« Lorsqu’un membre du Vrai Peuple vient à mourir, et son esprit vital avec lui, il arrive exactement la même chose à son esprit éternel. L’inua – l’âme, l’esprit éternel – s’en va, conservant sa mémoire et ses talents, pour revenir dans un garçon ou une fille de la lignée du défunt. C’est entre autres pour cette raison que l’on n’impose aucune discipline aux enfants du Vrai Peuple, même s’ils se montrent dissipés ou impertinents. Car, outre son esprit vital enfantin, chaque enfant abrite l’inua d’un adulte – son père, son oncle, son grand-père, son arrière-grand-père, sa mère, sa tante, sa grand-mère, son arrière-grand-mère, qui a conservé intacte sa sagesse de chasseur, de matriarche ou de chaman -, et celui-ci ne saurait être réprimandé. »

Un vrai coup de cœur pour moi, qui aura à sa manière changé ma manière de lire, un peu comme il y a un an l’avait fait le Chuchoteur de Carrisi (dont je ne vous ai pas parlé car je ne sais pas comment le faire). Je sors de Terreur comme du Chuchoteur : je vais de nouveau avoir du mal à trouver quelque chose qui m’emmène aussi loin, et je risque donc bien d’être déçue de mes prochaines lectures.

Terreur, de Dan Simmons, paru en 2007 chez Robert Laffont.

Une réflexion au sujet de « [Livre] Terreur – Dan Simmons »

  1. Fabien R.

    Salut Julie,
    Si tu as aimé ce Dan Simmons, je te conseille son chef-d’oeuvre Hypérion, qui est à la science-fiction ce que le Seigneur des Anneaux est à l’heroic-fantasy. C’est l’équivalent, si ce n’est mieux, de Dune ou Fondation.
    Il existe quatre livres : Hypérion, La Chute d’Hypérion, Endymion, L’Eveil d’Endymion.

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